Association pour la protection et la mise en valeur de Calvisson et de la Vaunage

APROMICAV CALVISSON

JEANNE ALBOUY

épouse BONICEL (11 août 1908 - 2 août 1979) 

 

« Juste parmi les Nations ».

JEANNE ALBOUY

Cet article a été rédigé par Serge MARIGNAN, petit-fils de Jeanne ALBOUY

Jeanne Louise ALBOUY (épouse BONICEL). Jeanne, Louise, Marie BONICEL est née à Marseille le 11 août 1908 de Jean- Louis BONICELl, jardinier de profession et de Marie, Émilie, Sabine SARLIN, sans profession.
 

Quand débute son histoire, elle a un frère de six ans son aîné, Louis, Pierre, Sabin BONICEL né à St Etienne-du-Grès le 9 août 1902.

Vers la fin des années 20, Jeanne va rencontrer Roger ALBOUY, viticulteur, né à Molézon (Lozère) le 21 août 1905 de parents, eux aussi, jardiniers. Les deux familles de maraîchers ont quitté leur région d'origine pour s'installer dans le Gard.

C'est à Sinsans, au 8 rue de l'Église, que Roger et Jeanne, après leur mariage, vont s'établir et développer leur exploitation viticole. De cette union va naître une fille, Lucette, Marie, Louise ALBOUY, le 22 septembre 1929.

Quelque temps après la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, Roger est mobilisé et incorporé au sein du 341ème Régiment d'Infanterie. Début juin 1940, il est capturé, avec une partie de son régiment, par les troupes allemandes dans les environs de Dunkerque et envoyé dans un camp de prisonniers de guerre, le Stalag IIB situé à quelques kilomètres du village d'Hammerstein, dans la province de Poméranie.

 Maison de Roger et Jeanne, au 8 rue de l'église à Sinsans

Maison de Roger et Jeanne, au 8 rue de l'église à Sinsans

Roger ne reviendra qu’à la fin de la guerre. Jeanne demeure seule avec sa fille et continue à faire marcher, tant bien que mal, leurs vignes. Au cours de l’année 1942, sur le chemin communal reliant Sinsans à Calvisson, Jeanne rencontre un monsieur qui fait sa promenade. Ce dernier se présente et décide alors de se confier à cette personne inconnue et dont il vient par hasard, de croiser la route : Il s’appelle Wilhelm WULWEK. Il est autrichien, de confession juive et habitait à Paris après avoir fui la ville de Vienne (Autriche) suite à l’arrivée des nazis. Il est le mari de Mélanie WULWEK et le père de Claire et de Victor WULWEK. Wilhelm explique à Jeanne qu’en sa qualité de citoyen autrichien il a été interné un temps dans un camp du sud de la France, laissant seuls à Paris sa femme et ses deux jeunes enfants. Ayant appris par leur concierge qu’ils étaient recherchés par les nazis, Mélanie, Claire et Victor partent précipitamment et fuient la capitale en direction du sud de la France qui n’est pas encore occupé.

Entre temps, Wilhelm a été libéré et retrouve sa famille qui est passée depuis, en zone libre. La longue quête d’un abri, d’un simple logement débute alors, de village en village, pour la famille WULWEK. Et cette recherche incessante va les mener, dans une intranquillité de chaque instant, jusqu’à Calvisson. À l’écoute de ce récit, Jeanne comprend immédiatement le danger et réalise qu’à Sinsans, ces personnes seront plus à l’abri. Elle propose donc à Wilhelm de le loger avec sa famille dans la maison vacante de son oncle, Auguste MONTET, située aujourd’hui « Impasse du Murier ». C’est ainsi que Wilhelm et Mélanie vont vivre dans le hameau de Sinsans jusqu’à la fin de la guerre avec leurs deux enfants et le frère de Mélanie, Julius HELLER, qui les rejoindra quelque temps après leur arrivée dans la maison inhabitée de l’oncle de Jeanne.

Maison d'Auguste Montet, où fût logé la famille Wulwek

Maison d'Auguste Montet, où fût logé la famille Wulwek

Claire et Victor sont scolarisés à l’école de Sinsans et le père de famille participe de temps à autre, aux travaux des champs pour le compte des vignerons du hameau, notamment au domaine du Mas de Bèze. À la moindre rumeur ou à la première information d’arrestations menées par les Allemands dans les villages avoisinants, les trois adultes se réfugient dans la garrigue ou dans les bois et les deux enfants trouvent alors un abri rue de l’Église, au domicile de Jeanne et de Lucette.

Les habitants de Sinsans ont une parfaite connaissance de la présence, au sein de leur petit village, de cette famille recherchée par les nazis, pour ce seul crime « commis », celui d’être de confession juive. Ils participent ainsi, par leur silence et leur coopération, à leur sauvetage.

À la fin de la guerre, la famille WULWEK retrouve son domicile, rue Cardinet à Paris. Julius HELLER décède le 22 janvier 1945 et repose dans le petit cimetière de Sinsans. Les deux familles conservent dès lors des liens très étroits et se retrouvent bien des fois à Paris, comme à Sinsans. Claire passe ses vacances chez son amie Lucette et lorsqu’elle fera, en 1960, le choix d’aller vivre en Israël, elle restera en contact avec Lucette, devenue depuis MARIGNAN. Cette dernière s'inquiètera notamment de la situation de son amie en Israël lors de la guerre du Golfe, et lui proposera instantanément, de revenir à Sinsans le temps que cesse le conflit. Jeanne décède le 28 septembre 1979 à l’âge de 71 ans. Un an après, presque jour pour jour, Roger, qui ne vivait depuis son départ que de chagrin, s’en ira la rejoindre.

Jeanne seule à Paris et avec Roger à NîmesJeanne seule à Paris et avec Roger à Nîmes

Jeanne seule à Paris et avec Roger à Nîmes

Famille Wulker-Heller et les enfants devant l'école de SinsansFamille Wulker-Heller et les enfants devant l'école de SinsansFamille Wulker-Heller et les enfants devant l'école de Sinsans

Famille Wulker-Heller et les enfants devant l'école de Sinsans

Après m’être remémoré bien souvent cet épisode de la vie de Jeanne, je décidai en février 2011 de contacter Yad Vashem à Jérusalem par l’intermédiaire du Département des Justes parmi les Nations. Par cette démarche certes tardive, je souhaitai signaler le geste généreux avant d’être courageux, de Jeanne et la proposer à la reconnaissance ainsi qu’à la nomination de « Juste parmi les Nations ». On répondit à ma démarche très rapidement et on me demanda bien évidemment quelques éléments de biographie et en premier lieu, des témoignages et des photos.

Par une simple et belle lettre reçue d’Albin COUDEYRE qui vivait à Sinsans durant cette triste période de notre histoire, je réceptionnai la confirmation écrite de cette communauté de destins qui s’était forgée ainsi au travers de quelques mots échangés sur un chemin communal, et activée par le seul souci de tendre la main à celui ou celle qui se trouve dans la difficulté. Le 24 avril 2012 je reçus de Yad Vashem Jérusalem, en la personne d’Irena STEINFELDT- Directrice du Département des Justes parmi les Nations - la confirmation que le 14 février précédent, Jeanne avait été reconnue comme Juste parmi les Nations et que son nom était gravé désormais sur le Mur d’Honneur dans le jardin des Justes parmi les Nations à Yad Vashem Jérusalem. Par retour de courrier, je lui manifestai alors ma gratitude envers ce geste qui honorait ainsi, et à tout jamais, la mémoire de Jeanne.

 

Irena STEINFELDT  -  La médaille reçue par Jeanne et l'Hommage de la Nation aux Justes de France
Irena STEINFELDT  -  La médaille reçue par Jeanne et l'Hommage de la Nation aux Justes de FranceIrena STEINFELDT  -  La médaille reçue par Jeanne et l'Hommage de la Nation aux Justes de France

Irena STEINFELDT - La médaille reçue par Jeanne et l'Hommage de la Nation aux Justes de France

Le 4 mars 2013 la cérémonie officielle eut lieu à Jérusalem et l’on me remit, ainsi qu’à ma famille, son diplôme et sa médaille. Par respect pour son geste, et pour qu’à sa façon particulière elle puisse aussi en bénéficier, je fis graver sur sa pierre tombale un moulage de cette décoration. Le 7 mai 2019, fut inaugurée à Sinsans la plaque commémorative en la mémoire de Jeanne Albouy, Juste parmi les Nations, pour avoir sauvé au péril de sa vie pendant la seconde guerre Mondiale et la Shoah, la famille Wulwek-Heller. Claire, accompagnée d’une partie de ses enfants et petits-enfants avait tenu à faire ce long voyage de la mémoire et à être présente pour cette cérémonie. Aujourd’hui, l’école de Sinsans s’appelle, par décision d’André SAUZEDE, Maire de Calvisson et de son conseil municipal : École Jeanne Albouy.

Dernièrement, j’ai appris que le 5 octobre 2020 par décision du Maire et de son conseil, une place du lotissement de Calvisson « La voie verte » portait le nom de Jeanne ALBOUY. Ainsi, par ce geste renouvelé de la Municipalité de Calvisson, que je remercie à nouveau, la mémoire du cœur rejoint le cœur de la mémoire.

Jeanne était ma grand-mère, mais cela ne vous a pas échappé. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’elle était ma dame de cœur et il me semble bien, si ma mémoire est un brin fidèle, que j’étais alors son petit prince.

                                                                    Serge MARIGNAN

JEANNE ALBOUY

MÉDAILLE DES JUSTES DE LA NATION

Signée Nathan Karp, la médaille est l’expression à la fois artistique et symbolique de la phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ». Les deux mains qui agrippent la corde du salut – à la base ce sont des barbelés – semblent surgir du néant, tandis que la corde enroulée avec force autour du globe terrestre proclame que les actes tels que ceux des Justes justifient l’existence du monde et notre foi en l’humanité.

Les récompenses sont remises lors d’une cérémonie organisée par l’Ambassade israélienne dans le pays de la personne désignée ou à Yad Vashem, quand cette dernière choisit de se rendre en Israël à cette occasion. Cette avenue ombragée du Mémorial Yad Vashem à Jérusalem rend hommage aux non Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs de l’Holocauste nazi. Des arbres ont été plantés au nom de ces valeureux amis des Juifs, auxquels s’applique si justement la phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ».

Le concept de Juste parmi les Nations – en hébreu, hasidi umot haolam – est très ancien dans la tradition juive. A l’origine, ces « nations » étaient les tribus non israélites des temps bibliques. Pendant la prière de la Pâque, selon une tradition d’après-guerre, les Juifs évoquent Shifra et Puah, les deux sages-femmes égyptiennes « qui défièrent l’édit du Pharaon exigeant que tous les enfants mâles d’Israël soient noyés dans le Nil », et la fille du Pharaon « qui désobéit au décret de son père et sauva Moïse ». Voyant le nouveau-né israélite, condamné à mort, elle le recueillit et l’éleva comme son propre fils. Les sages juifs lui ont donné un nom : Batya, fille de Dieu.

 

JEANNE ALBOUY

L'ÉCOLE DE SINSANS DEVIENT « L'ECOLE JEANNE ALBOUY »

JEANNE ALBOUY

POSE D'UNE PLAQUE COMMÉMORATIVE SUR LE FRONTON DE L'ÉCOLE DE SINSANS

Discours de Monsieur André SAUZEDE, maire de Calvisson,

Sinsans, le 7 mai 2019

INAUGURATION DE LA PLAQUE COMMEMORATIVE DE JEANNE ALBOUY

Monsieur le représentant du préfet du Gard
Madame la conseillère départementale
Monsieur le Président de la communauté de communes du pays de Sommières
Mesdames et Messieurs les maires de la Vaunage et de la communauté de communes du pays de Sommières Mesdames et Messieurs les élus
Monsieur le délégué régional du comité français pour YadVashem
Madame Claire Kohlmann
Monsieur Serge Marignan
Mesdames et Messieurs les habitants du hameau de Sinsans

Mesdames et Messieurs

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous accueille aujourd’hui au hameau de Sinsans pour honorer la mémoire de Madame Jeanne Albouy « JUSTE PARMI LES NATIONS ». Jeanne Albouy fut de celles et ceux qui, pendant l’occupation allemande, ont aidé les juifs à se cacher afin d’empêcher leur déportation vers les camps de la mort et contribué ainsi à sauver les trois quarts des 320000 juifs de France alors que les trois quarts des juifs d’Europe ont péri. Madame Simone Weil disait des justes : « ils ont non seulement sauvé des vies humaines mais ils ont également sauvé l’honneur de l’humanité qui, grâce à eux, n’a pas totalement sombré à Auschwitz ou ailleurs ».

L’ histoire est constituée d’une longue chaine de responsabilités individuelles et collectives qui fait que chacun de nous peut la faire chavirer ou au contraire la faire avancer. Si la responsabilité écrasante du régime de l’Etat Français sous Vichy dans la décision de déporter les juifs et notamment les enfants est aujourd’hui avérée , il nous faut également saluer ces Français qui furent prêts à donner leur vie pour sauver celles des autres. Des hommes et des femmes issus de toutes les Régions, de tous les milieux, les justes étaient partout prêts à sauver des enfants, des voisins, des amis d’amis, des inconnus. Au beau milieu des ténèbres ils furent la lumière.

Aujourd’hui à travers cette commémoration pour honorer Madame Jeanne Albouy nous honorons tous les justes de France, reconnus ou anonymes. Sur la médaille des justes on peut lire « quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ; en sauvant une personne, chaque juste a, en quelque sorte, sauvé l’humanité. Notre devoir à toutes et à tous aujourd’hui est de transmettre leur message et de transmettre aussi le message des derniers témoins survivants de cette période. Face aux révisionnistes, aux négationnistes, il faut entendre cette parole et devenir à notre tour les témoins des derniers témoins. Il faut se rappeler que c’était la haine et la haine seule qui avait conduit les nazis à commettre les pires atrocités. C’est une nécessité absolue qu’il convient de toujours rappeler car c’est cette même haine qui a conduit aux assassinats en France et en Belgique d’adultes et de petits enfants innocents et ce parce qu’ils étaient juifs. Dans notre Pays héritier du siècle des lumières malheureusement l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discrimination restent ,il faut bien le souligner, présents dans notre société . A l’heure où tout un chacun se répand dans les réseaux sociaux et y déverse des torrents de fausses informations et d’injures soyons encore plus vigilants. Souvenons nous alors de ces justes parmi les Nations qui ont risqué ou perdu leur vie pour défendre les valeurs de la République et leurs propres valeurs. Soyons dignes de ces personnes exceptionnelles , soyons dignes de Jeanne Albouy qui a permis de sauver La famille Wulwek, Wilhelm, Mélanie, Victor et Claire Ainsi que Julius Heller qui est inhumé dans notre cimetière de Sinsans ! Je voudrais terminer en remerciant toutes celles et ceux qui ont contribué à la tenue de cette cérémonie et à sa solennité. Les enfants, les enseignants et Directeurs des établissements scolaires de Calvisson, Le centre artistique Oratorio, Monsieur Yancu délégué régional du comité français pour Yad Vashem, Monsieur Serge Marignan petit-fils de Jeanne Albouy, Et enfin Madame Claire Kohlmann et sa famille qui se sont déplacées spécialement depuis Israel et les Etats Unis. Merci de votre attention.

JEANNE ALBOUY
JEANNE ALBOUY  JEANNE ALBOUY  JEANNE ALBOUY

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E
Voilà une belle histoire porteuse d'espoir sur l'âme humaine. Le travail de mémoire est indispensable.
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S
Merci pour la parution de cet article détaillé à la mémoire de ma grand-mère. Merci pour elle et pour tous ceux et celles, anonymes bien souvent, qui au péril de leur vie, firent de même et parfois plus.
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